Le réalisme est l'arme absolue anti-rampante
 
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 Fuck you

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MessageSujet: Fuck you   Dim 3 Déc - 22:21

La clope m’a empuanti la gueule.

Je roule sur Perpignan pour rejoindre une nana qui veut à tout prix que je lui donne l’extrême onction. Moi je pense surtout à éviter de croiser les regards en descendant ma bière sur l’autoroute.

Je me demande à quel point un chewing-gum mâchouillé devant son immeuble pourra apporter de crédibilité au perso. Elle ne me donnera aucune indication à ce sujet. Véro, célibataire sans enfant, trente huit ans, brune, 84-64-85, cadre moyen, n’en veut qu’à mon corps, à mes poils sur le poitrail, à ma musculature maigre, à tout le reste. Elle a trop bien rangé son appart pour que je sois simplement une revendication.

Je franchis les barrières des péages en plein soleil en constatant que les gens sont plutôt clients des derniers modèles de voitures. A l’intérieur, personne n’a l’air plus heureux que moi. Je m’en félicite avant de m’apercevoir par un regard diagonal dans mon rétro que je suis un petit peu monstrueux, blafard et inquiétant.

Un espace de solitude me percute dans la miséricorde la plus apaisante et j’arrive même à gagner encore deux crans en qualité de vie en ouvrant une seconde Pelforth juste après un radar. Mes spasmes ne me concernent plus en prenant la bretelle de sortie. J’écoute Fuck You d’Archive en boucle depuis une demi heure et je passe, avec ma ceinture, devant deux motards débiles qui arrêtent un arabe en Peugeot 205.

Je trouve une place devant l’immeuble.

Trois étages montés à pieds en mordant comme un con dans un chewing gum.

Sonnette.

Porte qui s’ouvre.

Son visage ni beau, ni moche. Son visage comme un destinataire inconnu.

« Salut »
« Toujours en retard ? »
« Heu… »

Je rentre sans vraiment me poser de questions. La place est la même que les autres fois. Je croyais quoi en partant de chez moi ? Rien. Comme d’habitude.

Nous nous installons sur un canapé en croûte de vachette. Elle lit le dernier Christine Angot. Elle lit « Mars et Venus ». Elle lit « Cosmopolitan ». Tout est parfaitement organisé. Elle vit bien ce passage creux de l’existence.

Je lui demande de me servir un peu d’alcool. Elle a de la Manzanilla. Et nous écoutons Arthur H. Quand elle frôle ma cuisse avec sa main, ça me désespère. Nous sommes mieux quand elle s’absente pour n’être qu’un élément décoratif supplémentaire de cet appartement super chic. Il y a un écran plat dans le salon entre deux sculptures néo réalistes en aluminium représentant des personnages qui dansent peut-être.

Je finis la Manzanilla comme un con et je pense qu’elle n’a plus rien à foutre de ma posture. Je la baise ou je me casse. J’hésite grandement à me lever pour m’emparer d’une autre bouteille. Nous sommes dans deux univers différents, c’est évident. On pourrait établir un accord sexe contre alcool digne des plus perfides relations internationales. On serait pas les premiers.

Par la fenêtre, on voit les lumières des appartements d’en face s’allumer. Des familles investissent leur salon dans un format France2. On pourrait avoir peur mais je propose à la place qu’on sorte un peu.

Extérieur nuit. Parking de centre ville. Des tas de revendications de part et d’autres mais surtout des hordes de gens qui veulent qu’on les trouve cools. Ca a quoi de cool ? Un petit effet publicitaire qui semble aussi me concerner. Pourtant je n’ai pas la carrure. Peut-être ai-je juste eu peur de rester enfermé chez moi le jour de trop ?
Je déconsidère cette sensation en permanence alors que ça m’affecte.

Nous consultons des cartes de restaurant sur des murs tagués, à l’intérieur ça sent la deux D. 25 euros entrée plat dessert sans compter le vin. Je la regarde, ça lui dit ? Pas plus qu’à moi. Au troisième restau, il est évident que c’est partout pareil. On peut continuer sur cette lancée jusqu’à avoir vraiment faim. Moi de toute façon, j’ai vraiment soif. Alors je la laisse me guider jusqu’à ce petit japonais merveilleux.

Un serveur bridé nous conduit sur une mini table fashion. Il y a déjà foule ici. Des gens branchouilles avec des sourires concernés. Moi, si on m’apporte un sushi avant un vin potable, je suis prêt à hurler qu’il est vivant. Véro me parle de son boulot, de son PEA, de son fitness. C’est assez bien tourné comme genre de préoccupations dans ce monde urbain. J’en ai eu des trucs comme ça un temps. C’était moyen moins.

Mon sourire prend son rythme de croisière tandis que je constate que le vin est soluble dans mon sang. Véro me pique une clope. C’est étudié, pas son genre du tout. Tant qu’à faire, elle se permet de petits mimétismes expérimentaux.

Je déteste la bouffe japonaise. J’ai laissé toutes les brochettes grillées. Il y a une femme à la table d’à côté qui a une paire de seins surexposée avec son copain façon Bénabar. De là où je suis, ça clignote comme un néon dans la nuit. Permuter n’est pas envisageable. Je finis de confirmer à Véro qu’elle ne m’intéresse pas. «J’échangerais bien deux ans de ma vie contre la fin de la soirée avec cette nana là ». Elle se retourne pour voir et puis s’enfuit vers les toilettes.

Ne pas recevoir une bonne claque me semble absolument digne de l’application des nouvelles dispositions sociales en matière de muflerie. On partage aussi l’addition en comptabilisant bien chacun de nos plats. Grand seigneur, je prends le vin à mon compte. Le saké nous a été offert.

On rentre en discutant de tout et de rien, le combat a eu lieu. Personne n’a perdu. C’est déjà ça.
J’ai encore deux Pelforth dans ma voiture côté passager. Je la laisse en bas de son immeuble évidemment insatisfaite et je décide de revenir chez moi par les petites routes de campagne.

J’écoute Fuck You.
C’est tout comme.
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omega-17
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MessageSujet: Re: Fuck you   Lun 4 Déc - 0:21

Ca marche pour moi.
Avec ou sans couleurs, d'ailleurs.

J'attends le prochain, Spontex.

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MessageSujet: Re: Fuck you   Lun 4 Déc - 23:20

why the fuck are you looking at me?
why the fuck are you looking at me? yeah!
ptain quelqu'un qui connait archive et fuck u! j'm waste aussi, et again on dirait du pink floyd au début et le génial old artist!
super ton texte, mais désabusé mec, à te dégouter de la vie
mais trop bien écrit!


so fuck u anyway
so fuck u anyway!
so fuck u anyway!
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titox
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MessageSujet: Re: Fuck you   Mer 6 Déc - 2:59

Au contraire, moi je ne vois pas de désabusement. Je vois beaucoup de sincérité et même de tendresse je dirais...
Un texte qui se laisse lire, absorber avec un arrière-goût "juste" et rassurant...
Bien écrit...sans désabusement mais non sans efficacité.

Au suivant...

Gogo,
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MessageSujet: Re: Fuck you   

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