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 Un Nihiliste a toujours d’excellentes raisons...

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omega-17
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MessageSujet: Un Nihiliste a toujours d’excellentes raisons...   Ven 30 Mar - 13:47

... que la Raison ( cette pouffiasse syphilitique ) ignore constamment - I -



Avant de me rendre chez Michel pour ce qui devait être la soirée décisive, je suis passé à la boutique de ce pauvre connard d’hispanique qui sert d’épicerie dominicale à la moitié du quartier. Aussi rubicond qu’honteusement enthousiaste à toute heure, il m’a accueilli avec emphase alors que de mémoire, je n’avais jamais affiché à sa face de porcin sudoripare sudiste autre chose qu’une attitude méprisante et dégoûtée de psychopathe acheteur d’Amsterdam Navigator huit quatre accompagné d’un regard chaleureux tout droit venu de la Terre Adélie. Cet effet vernaculaire ne l’avait jamais refroidi, je pense que c’est de là que provenait ma haine sans bornes pour ce type. Ca devait faire partie de ses gènes, la bonhommie plus ou moins factice. Idem pour mon aversion au même endroit. Il ne me manque pas, là est essentiel.
Chargé à bloc, j’ai parallélisé la tête et les épaules au bitume avec une légère inclinaison positive en rapport au plan horizontal, juste assez pour éviter une collision frontale avec un sens interdit ou un chêne. Je l’avais toujours fait naturellement, ce qui démontrait déjà sans le moindre débat mon refus logique de communiquer et ma panoramique déconsidération envers toute vie relative campée sur des membres antérieurs au nombre de deux. Cette posture ne m’empêcha pas le moins du monde d’effectuer un superbe trois points slicé dans la poubelle du parc au moment où je passai à proximité, ma trajectoire en était restée inchangée tandis que celle de la boîte cinquante centilitres avait flirté avec la pureté : rotation faible mais appropriée, pénétration dans l’air adéquate, courbe tendue, précision nette et souplesse globale du geste ; l’instant de satisfaction était jouissif. Ephémère mais jouissif. Donner une importance supérieure aux détails, c’est une bonne recette pour feindre l’alternative à la joie.
J’atteignais le cap du litre en m’engageant dans la ruelle où siégeait notre quartier général de fortune et c’est au moment d’allumer ma cigarette que je décidai l’entreprise d’un extérieur pied droit pour expédier le cadavre suivant dans la benne adossée au mur ; le geste fut moins ample, plus forcé, le parcours de la boîte moins linéaire et presque maladif, la rotation mal équilibrée et mon coup d’œil moins fiable. Néanmoins, je touchai au but. Laborieusement et après un rebond hasardeux. Le résultat était simplement un peu moins satisfaisant, rien de plus.
Dix-sept, dix-neuf…
Vingt et un.
« Ouais ?
- C’est moi, crétin.
- Vincent est déjà là, Yvan arrivera à la bourre.
- Etonnant…
- Ouais. Sinon, on est dans les temps. Pas d’impondérables majeurs.
- Parfait, ça pourrait presque être de bon augure…
- Evidemment. C’est du béton armé, ce plan.
- C'est-à-dire que si jamais je voulais abandonner, je devrais me munir d’un marteau-piqueur afin d’éviter les ennuis ?
- Comment ça ? Tu te dégonfles ? T’es humeur à la connerie, aujourd’hui ?
- Absolument pas. Je suis d’humeur à l’ironie bas de gamme étant donné que j’ai failli rater mon deuxième jet d’Amsterdam à cause d’une défaillance de toucher.
- … ?
- Rien. Salut Vincent. On attend toujours notre ostrogoth, donc… Je propose qu’on commence quand même. Dès qu’il y aura suffisamment d’objets éthyliques sur cette table. »
La stratégie à mettre en place était moyennement claire, pour tout dire. Les cibles étaient ‘verrouillées’, comme aimait à le dire Michel ; elles avaient surtout été sélectionnées pour leur facilité d’accès, le faible potentiel de résistance à prévoir sur place et le gain non négligeable sans être colossal qu’elles pouvaient dégager. Un tabac, une pharmacie et un restaurant. On faisait dans le classique, la jurisprudence avait bien balisé notre choix. J’étais moins partant pour le resto ceci dit et j’avais proposé l’établissement du madrilène par affinité intellectuelle mais Yvan y tenait, à cette cantine pour classes modestes, un vieux contentieux apparemment : les prix n’étaient pas compétitifs et le service très approximatif à son goût, d’ailleurs il était souvent plein à craquer et nombreux étaient les clients à régler en liquide. L’argument avait été suffisant pour emporter le morceau, j’avais balayé mon idée sans efforts, la partie serait peut-être remise quoi que j’en doutais.
Ledit barbare ( un mètre soixante-dix au garrot, le quintal nonchalant ) nous offrit une entrée des plus attendues en demandant un sandwich à Vincent après avoir exécuté trois ou quatre pas à l’intérieur, ce dernier quelque peu agacé l’envoya faire son choix dans la cuisine, conseil que l’individu tchèque suivit avec une satisfaction intérieure pourtant aisément décelable.
La dissuasion qu’il incarnait dès qu’il n’était pas en possession d’un jambon-emmental comme c’était le cas à cet instant demeurait évidemment d’un intérêt majeur et nous y comptions au point qu’elle constituait la réussite probable de notre initiative pour moitié puisque sa vocation semblait de manière flagrante s’y limiter, l’habit faisant si souvent le moine, le monastère, les prie-dieu et les évangiles calligraphiées. Au bas mot. Un bon gars cependant, et financièrement dans le rouge glauque. Son recrutement avait fait l’unanimité, je n’en étais pas moins inquiet en prévision du ‘partage des ressources’ - expression michelienne envers laquelle j’entretenais une certaine affection -.
Celui qui semblait avoir endossé le costume à paillettes ou plutôt la blouse de savant timbré sortit, alors que j’étais plongé dans une réflexion métaphysique d’un rapport douteux avec notre affaire, le petit calepin sur lequel il avait noté depuis l’origine du plan un nombre aussi considérable qu’affolant de détails en tout genre tels que le profil des propriétaires, leur adresse, le nom de leur femme, des employés, ceux des enfants lorsqu’il y en avait, la projection bénéficiaire quotidienne et hebdomadaire brute en regard de la fréquentation moyenne et de la valeur estimée des achats par personne, le pourcentage de paiements en espèces, les heures d’ouverture, la potentialité et la probabilité du lieu de dépôt de l’argent dès que la caisse atteignait une certaine somme et laquelle, jusqu’aux conditions climatiques prévues pour le jour dit et quand il en est arrivé là, j’ai annoncé brillamment :
« Oui, Michel, en effet c’est important mais il est assez dommageable de constater que Catherine Deneuve et Sébastien Folin sont en train de prendre les rênes de cette opération, je n’ai aucune confiance en ces gens-là. »
Suite à quoi je suis allé m’en griller une à la fenêtre après m’être gracieusement octroyé un six sur vingt pour ce bon mot. La rue était sale et moi, contrairement à Vincent par exemple qui suivait Michel en toute circonstance tel un caniche effarouché ou à Yvan qui voulait de la thune à n’importe quel prix, moi eh bien, je n’avais encore une fois pas envie de grand-chose.
J’étais dans l’équipe parce qu’un jeudi, il y avait un peu plus deux mois, j’avais envoyé valdinguer un pauvre gars dans un bar. Une enflure de merde qui voulait me vendre une saloperie de porte-clés à l’effigie d’animaux de la brousse quelconques alors que je méditais à peu près dans les mêmes volutes introspectives. Il insultait mon intelligence et la teneur de mes préoccupations. J’avais fait baisser le niveau des conversations d’un cran, dans ce troquet, je m’étais senti un peu fier et apaisé. Mais en fait pas vraiment alors j’avais dit à une veuve de militaire à la table d’à côté qui racontait sa vie et celle de son époux défunt à une victime de passage que moi, j’en avais rien à branler, des hauts faits d’armes d’un petit soldat éventré par un éclat d’obus pendant la guerre du Golfe, que lorsque qu’on cherche les ennuis il y avait toujours des enturbannés pour en fournir et qu’elle pouvait aller brailler ailleurs ; j’arrivais même pas à lire correctement un article du journal sur un mec qui avait farci sa femme de plombs et qui s’était, selon le journaliste stupidement consterné, justifié aux autorités par ces mots : « Je n’en pouvais plus, elle me parlait tout le temps ». Je m’étais fait virer quelques secondes après par le tenancier qui n’avait pas l’air de mon avis. J’étais allé en face, sans me presser, et j’avais repris ma lecture des faits divers dans une atmosphère moins pénible. Un mec bizarre était entré, je l’avais vaguement aperçu en m’installant dans l’autre bar, le genre en dehors de la vie mais doté de cette petite étincelle souvent désespérante qui pousse les gens à venir vous parler parce qu’ils croient encore à quelque chose, à la valeur des relations humaines, dans ce goût-là. Après un premier échange laconique, je m’étais persuadé qu’il était à moitié fou au sens désagréable du terme, pas dans la folie passionnée et passionnante : je m’étais un peu trompé. Il m’avait offert un demi, puis deux, on avait discuté, il était loin d’être con. Il avait apprécié mon désintérêt pour le genre humain, ma façon de m’exprimer, mon absence totale et affichée de compassion et de scrupules. Il m’avait invité à passer chez lui, vingt et un impasse des douves. Et voilà.
La rue était décidément très sale. Derrière, ça bataillait encore ferme : Yvan ne voulait plus qu’on se fasse la pharmacie à cause de la caméra, Vincent disait que ce n’était pas un problème, Michel avançait que c’était le meilleur coup des trois et moi je ne disais rien.

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MessageSujet: Re: Un Nihiliste a toujours d’excellentes raisons...   Lun 2 Avr - 13:04

bon, je pense qu'on va aller chez darty. Obligé.
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MessageSujet: Re: Un Nihiliste a toujours d’excellentes raisons...   Lun 2 Avr - 14:50

comme dirait arkanoide : 'c'est quoi le rapport ?'

le bonjour au québécois s'il lit cela, d'ailleurs.

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