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 Dernière tournée au pays des gens ( III )

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omega-17
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MessageSujet: Dernière tournée au pays des gens ( III )   Mer 6 Déc - 3:28

Le matin fut un peu moins boueux que les autres. Je commençais à ranger un peu le foutoir de compétition qu’on avait mis dans cette pièce en à peine vingt-quatre heures : on avait pas battu de records mais on se positionnait avec un score à ne pas prendre à la légère, même si Hug avait déjà bien attaqué avant mon arrivée sur place. Deux options se présentaient à moi : un train honteusement programmé pour dix heures trente et un second, plus généreux, sur les coups de quatorze heures. Notre préférence alla à celle-ci car elle proposait un temps de nihilisation pré-ferroviaire supérieur. Temps utilisé au profit de l’observation méthodique des solutions aux problématiques sociales que proposait le délectable Poolvoerde, dans ses plus grands moments de génie. Un être décidément très éclairé. Je l’aime bien, lui aussi. J’aime peu de gens, d’où l’intérêt de le préciser lorsque c’est le cas.
Aux alentours de la gare moyennement croulante, nous avons eu droit aux cantiques facticement autrichiens, interprétés par des tyroliens bien suspects, eux aussi. Rien de tel que des rennes à l’air niais et un marché de Noël aussi sensé que la nécessité d’un portemanteau pour un cerf des bois francs-comtois pour être à l’article du décès moral. A mon avis, ceux qui osent tenir ces stands doivent être bien secs à l’intérieur, il ne doit plus leur rester qu’une face externe proche du panneau publicitaire de chez Colgate. Je quittai le nord-est légèrement grisé. Et plutôt satisfait.
Mon train était annoncé avec trente minutes de retard. Normal.
Je fus privé de jaunâtres papiers jusqu’à Grenoble. A la place, j’eus droit à de petits post-it blancs sortis d’une imprimante portable connectée à une sorte de Palm pour contrôleur moderne efficace. On n’arrête pas le progrès moyennement utile. Je m’évitais durant le voyage la tristesse des territoires gris en défigurant un certain nombre de pages de ma prose sans concessions. La superbe correspondance que je pris à Lyon, à peine dix minutes après mon arrivée, fut l’objet d’une belle réjouissance intérieure, un hommage éthéré à la facilité linéaire.
La cité iséroise s’offre en premier lieu au regard du visiteur en l’incarnation d’une œuvre d’art contemporaine relativement déconcertante au sens qu’elle reprend avec un stylisme particulier le schéma de la Tour Eiffel conjugué à celui d’une étoile. Eloignée des systèmes solaires connus, l’étoile. Transplantée là par un idéologue urbain sillonnant les aires d’autoroute d’Europe, elle marquait déjà, chez l’hédoniste en mouvement, un repère monumental en terme d’architecture angulaire, concept largement repris par la suite pour agrémenter les pas du nouveau venu à travers toute la ville.
Une rencontre plus ou moins séparatiste était prévue ici ; une petite dizaine d’individus représentant une certaine quintessence du mot subversif était attendue. La raison de mon escale. Un site internet de publication de textes s’était chargé pendant quelques mois de nous réunir autour d’une vision globalement commune ou tout du moins de conceptions relativement convergentes. Hug avait décliné l’invitation : il restait plein de réverbères au pays de l’ennui. Au sein d’un communautarisme, tant virtuel qu’il puisse être, on reconnaît sans le secours d’une grande habileté d’esprit ceux qui seront nos opposants. Concernant ceux qui seront susceptibles d’adhérer à nos idées, la visibilité est souvent moins nette. Néanmoins tout ce petit monde grenoblois semblait bien motivé pour cet évènement notable. A ceci près que la moitié des participants était absente. Pour des motifs aussi divers que variés et tout autant légitimes que vaporeux.
Les quatre éléments humains restants étaient à tout niveau d’un hétéroclisme patent. Un poète frisé un peu dément au chapeau anachronique, un nouvelliste fantien plus que fantasque porteur d’une veste à collerette de lapin, un alsacien lubrique et guilleret ainsi qu’une poétesse de Cracovie sans véritable statut littéraire. En tant que script subversif largement dénué de scrupules, il me semblait bien que ma présence pendant les prochaines vingt-quatre heures ailleurs qu’en ce lieu aurait été aberrante. Le domicile du poète chapeauté était stratégiquement positionné entre un centre EDF et une base d’essais atomiques. Autant dire qu’il pouvait dormir sur ses deux oreilles. Sur une table de chevet, je lus rapidement le titre d’un magazine apparemment littéraire : ‘La vie amoureuse des écrivains avec Marguerite Yourcenar’. Et il y avait quand même un Florian Zeller dans sa bibliothèque en bois de cagette. Tout cela n’était pas bien grave, finalement, il y avait des bières au frigo et une bouteille de blanc. On est ressortis une canette dans chaque main d’un pas décontracté en direction d’un resto indigène. Une cantine de montagnards dans un faux chalet en gros. Le Fante du vingt-unième siècle avait pris des photos sur le chemin : une poubelle, une bière, une voiture, un pylône… Un reporter des vacuités, en somme.
La conversation a vite tourné à la théorisation à outrance. L’échange autour des différentes conceptions de l’espace et du vide a abouti sans surprise à une néantisation de toutes les autres. La démocratie a été habillée pour l’hiver et je suis personnellement allé lui acheter des bottes fourrées et une toque russe. La saison fut bien rude pour elle. Le tout accompagné de saillies douloureuses envers chaque convive. Le salace alsacien évoqua avec conviction l’élaboration d’une éolienne à photons avant d’avouer que son utilité se limitait à fournir une rotation quelque peu spiralée. La physique porte bien son nom.
On décolla aussi sec dans la perspective d’arroser tout ça d’autant plus que l’être cracovien avait insisté pour que nous testions une vodka-pêche directement importée de sa contrée. L’éolienne à photons allait sûrement se l’envoyer dans une chambre grenobloise quelconque. Maltraiter des immigrés… Enfin. Sa poésie était une illustration bien involontaire du nihilisme coloré, elle l’avait bien cherché. Personne ne les enviait finalement. La vodka pour les coups de semonce et la bière pour l’endurance nocturne constituaient un programme tout à fait à notre portée. Ainsi fut fait.
LC, locataire des lieux, délaissa le chapeau Waynien pour endosser la casquette du libraire-poète-torturé : un rôle qu’on aurait dit sur-mesure.
« Moi, j’ai failli tout arrêter, l’écriture, tu vois, ça prenait trop de place. C’était trop énorme.
- Ah ouais… Ben, justement.
- Tu t’aperçois que c’est ton univers principal : si ça s’arrête, t’es fini.
- Tu vas pas très loin ou tu vas beaucoup trop loin, c’est comme ça. Pas de demi-mesure.
- Voilà. »
Val, le Fante de la non-vie un peu étonné racontait des conneries ; on a parlé conflits sociaux, écriture, auteurs mythiques et le petit matin nous a vus dépérir jusqu’au sommeil pâteux dans une flaccidité bien légitime. Il ne restait plus grand-chose de liquide dans la baraque et cette journée avait l’air d’avoir été moins inutile que les autres.
Au réveil, je m’envoyai un demi-verre de blanc resté là, sur le bureau, comme un témoin oculaire discret. Les bières statutaires en main, il fallait à présent nous séparer du couple Alsace-Cracovie. J’avais déjà bien verrouillé ma prochaine destination : ce serait Vienne, chez Val. C’est passé tout en douceur. On a rejoint le couple notoire au même endroit que la veille, l’éolienne s’envoyait maintenant une entrecôte. L’épicurien standard. Les laissant à leur triste sort culinaire, nous décidâmes d’en savoir un peu plus sur cette ville avec LC en guide touristique assez lucide à propos de l’intérêt limité de son lieu de vie. Et en effet Grenoble est un angle aigu, tout est aigu, même le relief alentour, même la léthargie. L’art y trouve une expression fatiguée, Stendhal habitait ici, rendez vous compte… Une plaque le signale comme si on pouvait y voir une certaine fierté. La bastide moyenâgeuse n’est pas exclue de ce vide, elle n’a quasiment subi aucun assaut de toute son histoire. Personne n’en a voulu. Encore un marché de Noël : les drames sont infinis à cette période de l’année. Les amis de l’entrecôte grenobloise ont dû trouver tout cela merveilleux, moi, ce que je trouve fantastique c’est de pouvoir me lever chaque jour en ayant un projet peu ennuyeux. Toujours le même : faire en sorte qu’il y ait plus de noir que de blanc sur mes pages et arriver à conserver mon fil rouge, mon envie.
De retour à la gare, tout le monde se quitte. ‘Ouais, ouais, on se reverra.’ Rien ne change. Val a embarqué quelques bouquins chez LC, j’ai monté une perspective professionnelle foireuse de volontaire pour expériences médicales qui a rencontré un échec rapide et c’en était fini de l’étape grenobloise.
J’ai évité trois contrôles qui n’avaient plus aucune espèce d’importance pour atterrir ici, à Vienne.

Je vous raconte ça pour que vous ayez une petite idée du parcours qui m’a mené dans cette ville dont j’ignorais jusqu’à l’existence. Plus de bars que d’habitants en caricaturant légèrement. Une cathédrale de mégalo et personne dedans. Des rues moites.
J’étais revenu ici, finalement, après y être passé en train quelques jours auparavant.
Comme un goût de cercle.
Ni vicieux. Ni bénéfique.
Juste un cercle ou plutôt juste un gouffre trop béant.
Mon œuvre ultime était juste un journal pas très clair et je me suis arrêté de vivre à Vienne.
Pourtant, Val m’aimait bien. Peut-être un peu trop. Je n’avais rien contre ça, c’était plutôt pour lui. Il était encore plus vide que moi, je crois. J’avais trouvé un maître, moi qui étais tout-puissant.
En mon royaume nihiliste.
Un jour, j’en ai eu assez.
Assez de chercher la vacuité puisque je la portais en moi.
Assez des gens peu drôles.
Assez de ce que j’écrivais aussi.
Alors, j’ai tout arrêté.
J’ai fini la bouteille de vodka et j’ai regardé la nuit.
Dans le ciel, il n’y avait que des étoiles noires.

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MessageSujet: Re: Dernière tournée au pays des gens ( III )   Mer 6 Déc - 15:23

Ca valait le coup de perdre un degré à chaque oeil !
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MessageSujet: Re: Dernière tournée au pays des gens ( III )   Mer 6 Déc - 19:17

Au vu des difficultés ressenties par les taupes en tout genre, j'ai remis la couleur blanchâtre que vous semblez affectionner.

Excusez-moi, je vais vomir : je me sens démocrate.

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