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 HNE/Manneken-Pis II

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omega-17
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MessageSujet: HNE/Manneken-Pis II   Jeu 24 Mai - 11:03

Il se passait pas mal de choses ailleurs et c’était probablement la raison du peu de répercussions que nous avions enregistré : le nord de l’Espagne par l’envolée de Santander avait été conquis par la solide branche locale duhnienne et plusieurs villes des Länder environnants suivaient l’idéologie qui avait émergé à Cologne. Milan démontrait des signes comparables quoique de moindre importance et d’autres foyers en Autriche et au Danemark apparurent sur la scène européenne de DUHNE.
D’ailleurs, un évènement HNE se préparait à Amsterdam selon un contact de Seize, un allemand tout à fait givré mais fiable, à ce qui paraissait. Une foule démoniaque y était attendue et se serait l’orgie DUHNE du moment. On fit ce qu’il fallait pour y être et une fois sur place, aucun de nous ne l’a regretté. Légèrement à l’écart du centre-ville, une estrade d’une trentaine de mètres de long avait été installée et une bannière HNE flottait à chacune de ses extrémités. Entre elle et nous, quelque chose comme quatre cents, cinq cents personnes dansaient et hurlaient sur une musique tribale relayée par des baffles d’un mètre cinquante. Les forces de l’ordre n’avaient pas eu vent de l’affaire, je crois, mais de toute manière, personne ne vit un seul uniforme de tout l’évènement, à croire que les politiciens commençaient à accepter la chose même si ce n’était alors que les prémices du mouvement. Au bout de quelques minutes, un type velu et court sur pattes prit le micro pour annoncer la Deuxième Expansion, apparemment, on avait déjà raté un truc.
Un jeune garçon de quatre ou cinq ans monta sur l’estrade, suivi par deux hommes portant des brassards HNE, il avait l’air complètement défoncé et d’un autre côté, il valait peut-être mieux pour lui, rapport à son avenir immédiat. L’assemblée commença à sautiller sur place en levant les bras au ciel et entonna un chant barbare parodique qui reprenait certaines idées bibliques et semblait un peu étrangement faire référence au Livre de la Tobie. De mémoire et médiocrement traduit d’un flamand-néerlandais hétérogène, on pouvait comprendre approximativement ceci :

Il est un jour qui m’appartient
Celui qui n’aura aucun lendemain
Dès cet instant, alors je sus
Et le premier jour, je fus !

Duhne ! Duhne ! Duhne !

Tu tueras pour préserver ton destin
Sodome pourvoira au mien
Une seule force m’est connue
Celle que j’ai moi-même conçue !

Duhne ! Duhne ! Duhne !


Il était clair que le gamin n’avait aucun échappatoire, un char aurait pointé son nez à l’angle de la place que ces gars-là l’auraient démantelé à mains nues afin de poursuivre leurs festivités. Ca commençait à avoir de l’ampleur, des flots de sympathisants venaient se joindre aux chants depuis les quartiers alentours et nous étions bien conscients d’être là où il fallait quand il fallait parce que ça, ça allait faire le tour du globe. C’était de l’exclusif.
Celui qui paraissait être l’organisateur de ce festival HNE avait déjà lâché le micro et commença à poinçonner avec vigueur l’enfant sacrifié avec un piolet de montagne au niveau des côtes flottantes, ce qui eut pour effet de transcender la foule qui désirait plus que tout œuvrer elle-même sur le sujet dans un but médico-légal assurément très personnel. Ensuite, il lui enfila un harnais, le suspendit à une esse de boucherie spécialement fixée à un morceau de charpente pour l’occasion et c’est à l’aide d’un fléau d’armes qu’un de ses assistants lui avait fait passer qu’il brisa son bassin tout d’abord, puis la colonne vertébrale. Il y avait peu de sang sur le plancher, je me rappelle m’être fait la réflexion. Le gosse n’avait pas crié, drogué comme il l’était et quasiment inconscient. Un vrai pantin. Il faut dire qu’en la matière, on en était à un point d’amateurisme considéré de nos jours comme absolument méprisable et dévalorisant mais en cet instant, l’impression générale était celle d’un cap doublé avec gloire et augurant d’une mutation métaphysique sans appel.
Le type en question, sur l’estrade, c’était Martins. Et comme on l’apprit plus tard, quand les leaders londoniens avaient détaché des directeurs au sein de chaque parcelle européenne selon le découpage décidé par eux, il avait été choisi en tant que représentant de DHUNE dans le secteur Belgique - Pays-Bas pour les grandes ambitions qu’il entretenait vis-à-vis du Mouvement et forcément, quand l’information comme quoi il cherchait à établir une antenne stable à l’aide de membres qualifiés dans plusieurs domaines est arrivée jusqu’à nous, notre décision fut aussitôt claire et sans délai.
Peu de temps après l’évènement d’Amsterdam, nous nous étions proposés. Ca s’était passé près de la gare, j’étais déjà aux trois-quarts saoul et j’ai pris la parole au bar pendant une bonne demi-heure devant un auditoire peu attentif composé de Seize qui hochait la tête ou me faisait un drôle de regard - ressemblant à celui d’un hibou perplexe, je n’ai pas d’autre comparatif adéquat - et de Martins qui me disait Ouais, ouais ou Ca, c’est loin d’être faux. Aucune idée de ce que j’ai pu lui raconter, Pierre m’a toujours envoyé torcher les nones en ricanant à chaque fois que je le lui ai demandé. A la fin, on a été pris, c’est tout ce que je sais et ça me suffit.

Seize avait l’expérience du recrutement, il avait travaillé pour des organisations officieuses d’un genre approchant mais sans aucune mesure concernant la nature et l’impact de cette activité. Moi, j’étais censé l’assister et je me sentais de taille à rédiger la propagande. On avait deux anglo-saxons avec nous, Lewitt et Cunningham : dès qu’ils avaient su pour notre coup d’éclat avec Cariona et son Chemin de l’Apaisement, ils avaient rappliqué aussi sec : des mecs bien.
Il nous fallait un siège, n’importe quoi aurait pu faire l’affaire mais Martins a choisi Bruxelles, un appartement ancien sur deux étages, en face du Manneken-Pis. Les fonds qui nous étaient alloués avaient des origines diverses, politiques pour la plupart puisque quelques groupements politiques comptaient tirer avantage de la situation mais également civiles et c’était censé payer largement le loyer et les besoins de l’antenne DUHNE-BENELUX. C’est parti de là.
Tout le monde était en effervescence là-dedans, ça parlait allemand, français mais le plus souvent anglais, la langue ayant pris une signification toute autre depuis quelques mois. On était neuf pour commencer, il allait falloir improviser au début, Martins nous avait averti, mais ça ne gênait personne, bien au contraire.
Des évènements formateurs allaient se dérouler et il y aurait ce lieu à l’origine de ceux-ci. J’y ai vécu les mois les plus constructifs de ma vie, je peux m’en congratuler et je ne manque pas de le faire régulièrement car la nostalgie ne m’épargne pas quand je repense à nos débuts ; tout cela était insensé et nous l’avons fait. C’est admirable et terrifiant, c’est une dimension que nous avons ouverte.
Et comme l’on a pu nous le reprocher par la suite, jamais nous n’avons prétendu créer, nous nous sommes définis comme poursuiveurs, jamais comme pionniers, comme déployeurs d’une propension, jamais comme leaders d’un élan humain irrépressible, comme guetteurs du développement spécial du HNE, jamais comme prophètes tout-puissants. Mais je peux vous dire que j’y ai très souvent pensé, en fait, j’y pensais tout le temps et j’étais convaincu que nous réalisions un truc très fort, je ne voyais pas comment en parler autrement ; on sentait qu’un élément tremblait sur ses fondations, on creusait, on organisait, on développait, on mettait en évidence et puis d’un coup, une pièce complète tombait à terre et on cimentait nos bases par-dessus. Notre mérite était d’autant moindre que les gens étaient partants et demandeurs dès le départ, il faut bien le dire mais ce n’était sûrement pas cela qui pouvait entamer un enthousiasme débordant.

Martins était un homme convaincu et convaincant, un représentant né, je n’aurais pas su imaginer la moitié de ce qu’il a conçu de stratégies durant toute la période où DUHNE a eu l’impact qu’on lui connaît sur les millions d’individus qui y ont participé. Lewitt a rassemblé le noyau dur de nos sympathisants, Delport s’occupait de l’agenda évènementiel, Cunningham des adhérents en sa qualité de participant à Londres, Freitmann était au renseignement, c’était l’As de l’information dont Seize m’avait parlé, ce type était capable de s’infiltrer dans les bases de données de notre choix et en un temps record. Carrol et Fitz épluchaient la presse générale et spécialisée. Seize menait les reconnaissances de terrain et recrutait au passage, quant à moi, j’étais chargé de la rédaction de l’ensemble en collaborant avec Pierre. On était fin prêt.

« L’être individualiste, animal borné et malfaisant, mène l’identité humaine à sa perte par le refus stupide et honteux qu’il oppose à sa nature foncièrement et vitalement sociale. »

Ce sont les paroles de Pietro Falccia ; cet écrivain et pseudo-penseur italien n’a rien publié qui ne l’avait déjà été auparavant et devrait, là où il repose, se féliciter d’avoir expiré avant le début du Mouvement, sa fin dommageable aurait fait de l’ombre à la qualité atterrante de si naïfs et consternants propos, symptomatiquement pré-duhniens et plagiés sur ceux d’autres scribouillards peu inspirés de l’époque.

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