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 Ca ne vole pas haut I

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omega-17
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MessageSujet: Ca ne vole pas haut I   Dim 27 Mai - 12:43

Peu de gens, excepté ceux travaillant dans ma branche, arrive à accepter ou du moins à cerner ma conception de la chose. Pourtant ça n’a rien de fulgurant ni de révolutionnaire bien au contraire : il n’y a pas plus simple. Un coffre en acajou du XVIème estampillé des armoiries d’un roi quelconque avec un cadenas plus ou moins solide : voilà comment je me figure le monde.

Maman me disait souvent : « Quand on est voleur ou menteur, on le reste ». J’ai suivi le conseil avisé de ma chère génitrice et j’ai mis un point d’honneur à ne pas dévier de ma route. J’aurais facilement pu me laisser emporter par le courant vaseux des bonnes fréquentations, sombrer dans l’honnêteté et ne jamais m’en relever mais j’ai tenu bon.
Mon parcours fut assez irrégulier jusqu’à ce que j’atteigne ma quinzième année, c’est là que je commençais à acquérir mes premières bases vraiment solides. Avant ça, je ne savais pas sur quel pied danser et c’était assez pénible. J’opérais sur des cartes de basket, des pin’s, des stylos, sur la monnaie du pain ou directement dans le portefeuille de mes parents mais rarement car la crainte l’emportait encore huit fois sur dix. Je volais, je me repentais parfois de gré et très souvent de force, je méditais sur la pertinence de chacun des deux partis, je volais, je me repentais… etc.
Bref, j’essayais de trouver ma voie.

L’adolescence eut le mérite de changer cela, je décidai à ce moment-là que la situation était trop ridicule pour être maintenue. De toute manière, quinze ans, c’est l’époque où on voit fondre sur les jeunes de cet âge toute une cohorte de conseillers d’orientation aux termes barbares et ils avaient réussi à m’inquiéter à propos de mon avenir. Je les haïssais, donc. Il fallait débuter un circuit professionnel d’après eux et comme je n’avais aucune confiance en ces individus, je choisis la deuxième option, celle qui n’était pas clairement proposée et même pas proposée du tout.
Appropriateur de biens externes au patrimoine individuel, ça s’appelle. Le néologisme était un peu de trop mais je me suis dit que ça allait passer. Je devais bien donner un nom à mon plan de carrière, personne n’y avait pensé avant et voleur c’était trop flagrant, même pour les quatre-vingts de QI de mon père. Quand j’en ai parlé en rentrant à la maison, je m’en rappelle encore, il m’a dit que l’immobilier était un boulot intéressant. Ca me changeait des claques dans l’oreille.

Autodidacte total. Pas de formation prévue, tout sur le tas avec quelques romans. D’ailleurs, à ce sujet, j’ai appris à me méfier : Arsène Lupin était très loin du compte, beaucoup de choses sont différentes en fait mais je m’en doutais un peu quand même parce que le coup des roses sur le piano avant de mettre les voiles, ça induit de les amener au départ et pour lancer un grappin sur le toit avec un bouquet dans le dos, il faut vraiment entretenir un sentiment d’impunité colossal.
J’avais bien étudié le problème sous toutes les coutures : j’allais m’en tenir aux petits appartements et à la libre circulation des citadins. Oui, pickpocket mais en appliquant ma stratégie, ça donnait délesteur de poids superflu dans le secteur vestimentaire. Ma mère faisait un peu couture et s’est proposée pour m’aider bien que surprise par ce qu’elle pensait être un changement de cap soudain, mon père quant à lui se borna à une expression de mépris quand il apprit ma permutation professionnelle vers le prêt-à-porter, repaire d’homosexuels notoires faisant semblant de travailler et habillant les femmes mondaines à prix d’or. Enfin, un sale boulot de pédés et de branleurs qui fringuent les putes pour des millions, pour reprendre son analyse. Finalement, j’abandonnai cette branche d’activité assez rapidement, comme je devais m’en rendre compte plus tard, car trop sociale et inadaptée à mes exigences en matière de conditions de travail.
Quoi qu’il en soit, je bénéficiais donc d’un soutien relatif au cœur du noyau familial, j’évoluais dans un contexte suffisant de me lancer sereinement et je le fis avec un succès que j’estime aujourd’hui mitigé mais fondateur.

J’ai très vite compris que s’attaquer aux gros poissons comme les banques ou les villas d’industriels aboutissait souvent à des situations à haute teneur en crispation comme une balle dans la tête ou huit ans ferme. Et puis, ce n’est pas mon genre d’arriver cagoulé en gueulant Personne ne bouge, je ne vous veux aucun mal, restez allongés et tout se passera bien en tirant deux coups dans le plafond et en priant pour que la femme du guichet n’ait pas déjà actionné l’alarme silencieuse. Je suis un garçon pudique et l’exhibition ne m’a jamais vraiment attiré. Tous ces regards braqués sur moi m’auraient rendu incompétent et donc probablement pensionnaire à la prison du coin sans avoir amassé le moindre billet : c’était à exclure, je n’aurais pas supporté la proximité qu’offre ce genre d’habitat.

Mon mode opératoire est légèrement moins grossier, moins rémunérateur il est vrai et moins risqué, c’est l’avantage. Les petits porteurs sont une clientèle idéale pour tout voleur débutant : à choisir crédules et chétifs pour mettre toutes les chances de son côté et éviter un échec d’emblée, très dévalorisant et ruinant l’ambition d’une façon qui peut s’avérer définitive. Les secrétaires, ça marche très bien. Ne me demandez pas pourquoi, l’expérience me l’a démontré et il se trouve que c’est ainsi. Secrétaires donc, commerçants et fonctionnaires de l’administratif forment la première triangulation dans laquelle il est intéressant d’œuvrer pour favoriser une évolution ascendante mais prudente. Viendront plus tard les juristes et autres avocats, professions libérales, cadres moyens ainsi que les artistes de petite réputation. Les politiques et les cadres de grande distinction entrent dans la catégorie du déséquilibre majeur, c'est-à-dire quand le risque encouru est supérieur au bénéfice estimé amputable au cours de l’évaluation initiale concernant le sujet.

Si la nature de la cible est capitale, il est un paramètre non moins essentiel qui est la préoccupation première de tout voleur sérieux. En effet, quand on choisit comme moi de ne pas avoir recours à la violence et ce par goût personnel et bien-être professionnel, il est indispensable de mettre une méthodologie en place. Et celle-ci commence par une connaissance irréprochable des habitudes du client, de ses horaires et par-dessus tout de son lieu de vie, à commencer par les accès communs.
Fracturer une porte d’entrée est suicidaire, même de nuit ; à moins de connaître exactement les moindres gestes à effectuer et d’être très rapide. Trente secondes grand maximum si vous êtes en centre-ville. C’est le délai moyen pendant lequel le badaud peut croire que vous faîtes tourner désespérément votre clé dans la serrure grippée, au-delà la balance penche en votre défaveur. Et la crédibilité aux abords d’un domicile, c’est le minimum requis pour restreindre votre capital danger.
On remarquera que certaines portes cochères disposent d’un loquet à la sensibilité réduite et d’un ressort qui a parfois subi les outrages du temps, elles correspondent généralement aux anciennes entrées qui arborent des battants en fer forgé sous forme de barreaux le plus souvent peints en noir, modèle notamment répandu au sein des grandes villes. Les portes de halls d’immeuble vitrées à bordures en aluminium sont aussi susceptibles d’aider l’appropriateur opportuniste et/ou feignant puisqu’il arrive fréquemment qu’elles ne se referment pas complètement par manque d’élan, de proportion adéquate entre la masse du battant et la souplesse du loquet ou à cause d’un ressort manquant d’entretien. Je pousse la porte, je rentre chez moi : qui me posera des questions sur mon identité ? La gardienne ? Je connais ses horaires depuis mon repérage : dix-sept heures trente, elle est déjà devant la télévision, journée terminée. La mienne commence.

Les fenêtres peuvent autant rendre de bons services que de très mauvais. Tentez toutes les autres possibilités avant d’en arriver là. Une fenêtre est un accès direct à l’extérieur c'est-à-dire à n’importe qui, c’est assez simple à retenir et il peut être très utile de s’en souvenir. Jouer les Cliffhanger mène à l’hôpital et c’est une option médiocre : la minerve est gênante dans ce métier. Quoi qu’il arrive, les blouses blanches marchent la main dans la main avec les uniformes bleu-marine. En trois mots, vous êtes cuit. Je suis du genre terre-à terre, inutile de rajouter des risques à une profession qui en comporte par milliers. A ce jour, ça ne m’a pas joué de tours et je suis en un seul morceau.
Et comme vous le dira n’importe quel cambrioleur, on ne travaille jamais à un rez-de-chaussée. C’est la meilleure manière de rencontrer les riverains à la sortie qui considèrent que votre effraction chez Mme Courard, l’adorable veuve aux pigeons connue de tout le quartier, est un acte odieux qui mérite réparation. Tout le monde passe par le rez-de-chaussée : j’effectue des opérations financières, absolument pas promotionnelles.

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